
Le gegenpressing, également appelé pressing après perte de balle ou contre-pressing, est l’une des stratégies tactiques les plus influentes du football contemporain. C’est une philosophie de jeu qui allie intensité, coordination collective et agressivité offensive, capable de transformer la récupération du ballon en une arme offensive immédiate.
Bien que popularisé par Jürgen Klopp avec ses équipes du Borussia Dortmund et de Liverpool, ce concept a des racines plus anciennes et représente une évolution dans la façon d’appréhender le football : attaquer en passant par la défense.
Qu’est-ce que le gegenpressing ?
Le terme « gegenpressing » vient de l’allemand et signifie littéralement « contre-pression ». Son principe est simple mais exigeant : lorsqu’une équipe perd le ballon, elle ne recule pas, mais presse immédiatement l’adversaire pour le récupérer le plus rapidement possible.
La logique est implacable : l’équipe adverse qui vient de récupérer le ballon n’est pas encore organisée pour attaquer, ce qui la rend plus vulnérable. Si le ballon est intercepté dans les premières secondes, l’équipe victorieuse peut se créer immédiatement des occasions de but, profitant du désordre adverse.
Le gegenpressing repose donc sur l’intensité, la synchronisation et le courage. Tous les joueurs participent à l’effort collectif : celui qui perd le ballon presse immédiatement, tandis que les autres ferment les lignes de passe pour empêcher l’adversaire de relancer proprement depuis sa défense.
Origines de la gégenpressing
Bien que souvent associé à Jürgen Klopp, le gegenpressing n’est pas une invention de sa part. Ses origines remontent aux années 1980 en Italie, lorsque le légendaire Arrigo Sacchi, entraîneur de l’AC Milan, a révolutionné le football avec son concept de pressing collectif.
Sacchi avait compris que « le pressing ne consiste pas seulement à poursuivre l’adversaire, mais aussi à contrôler l’espace », une idée qui a révolutionné la mentalité défensive. Sous sa direction, le Milan AC a remporté deux Coupes d’Europe grâce à un pressing haut et coordonné qui empêchait l’adversaire de construire son jeu.
Des décennies plus tard, des entraîneurs allemands comme Wolfgang Frank — mentor de Klopp à Mayence 05 — et Ralf Rangnick ont perfectionné cette philosophie, en y introduisant des variations plus verticales et dynamiques. Klopp l’a adaptée à son propre style, surnommé « Heavy Metal Football » par la presse : un jeu au rythme effréné, avec des transitions rapides et un suspense constant.
Comment fonctionne la gegenpressing?
La mise en œuvre du gegenpressing exige une préparation physique exceptionnelle et une structure tactique compacte. Les joueurs doivent être en mesure de supporter une pression intense pendant 90 minutes et mentalement prêts à agir comme une seule entité.
Le processus débute dès la perte de possession. Le joueur qui perd le ballon exerce immédiatement un pressing, tandis que ses coéquipiers les plus proches se regroupent autour du joueur adverse en possession. L’objectif est de récupérer le ballon en moins de cinq secondes, avant que l’adversaire ne puisse se réorganiser.
Pour que cela fonctionne, l’équipe doit décider dans quelle zone du terrain exercer la pression:
Dans une zone élevée, proche de la zone adverse, si vous avez des attaques rapides et intenses.
Au milieu de terrain, si l’équipe cherche à contrôler les espaces sans dépenser trop d’énergie.
La clé réside dans la coordination collective : chaque joueur doit savoir quand presser, quand fermer les lignes de passe et quand reculer pour éviter d’être exposé.

Types de gégenpressing
Bien que cette philosophie soit répandue, il existe différentes manières de l’appliquer. De façon générale, on peut distinguer trois variantes principales:
Le gegenpressing consiste en un marquage individuel après perte de balle.
Chaque joueur exerce une pression directe sur l’adversaire le plus proche après avoir perdu le ballon, empêchant les passes longues et provoquant des erreurs immédiates.
Le gegenpressing sur le porteur du ballon
La pression se concentre sur le joueur en possession du ballon, l’encerclant et réduisant son espace. C’est la version la plus agressive et efficace lorsqu’elle est exécutée rapidement.
Le gegenpressing pour fermer les lignes de passe
Au lieu de presser le porteur du ballon, on bloque les options de passe. Cela oblige l’adversaire à jouer dans des zones dangereuses et facilite la récupération du ballon et le lancement d’une contre-attaque.
Comment contrer la gegenpressing
À première vue, le gegenpressing peut sembler une tactique impossible à contrer, mais il existe des stratégies efficaces.
La stratégie principale consiste à maintenir une ligne défensive haute et à privilégier les passes rapides, en une ou deux touches. Cela réduit le temps de réaction de l’adversaire et évite de tomber dans son piège du pressing.
Les équipes composées de joueurs techniquement doués et précis peuvent percer un bloc défensif regroupé grâce à des passes verticales ou des changements d’aile, exploitant ainsi les espaces laissés par un pressing haut. L’essentiel est de franchir la première ligne de pressing ; une fois cela fait, l’adversaire se retrouve vulnérable défensivement.
Équipes et entraîneurs de gegenpressing
Outre Dortmund et le Liverpool de Klopp, le gegenpressing a été mis en œuvre avec succès par des entraîneurs tels que:
Ralf Rangnick, à Hoffenheim et au RB Leipzig.
Julian Nagelsmann, qui l’a perfectionné à Leipzig et au Bayern Munich.
Hansi Flick, avec le Bayern Munich champion d’Europe en 2020.
Même des entraîneurs aux philosophies différentes, comme Pep Guardiola ou Marcelo Bielsa, ont intégré des éléments de pressing après perte de possession dans leurs systèmes, démontrant ainsi la polyvalence et la pertinence de cette tactique.
Un changement de paradigme
Bien plus qu’une simple stratégie, le gegenpressing symbolise une révolution conceptuelle dans le football moderne.
Il a transformé le pressing, auparavant perçu uniquement comme une ressource défensive, en une arme offensive. Il a instauré une mentalité collective où tous les joueurs attaquent et défendent à l’unisson, abolissant la séparation entre ces deux phases de jeu.
Aujourd’hui, le gegenpressing n’est plus seulement une tendance tactique, mais une philosophie globale. Il a redéfini notre conception de la possession, de l’intensité et de la coopération. Pour reprendre les mots de Klopp:
«Aucun créateur de jeu au monde ne peut égaler une bonne situation de gegenpressing.»
Et c’est précisément cette idée — celle de créer à partir de la récupération, d’attaquer sous pression — qui explique pourquoi le gegenpressing n’est pas simplement une autre tactique, mais une façon moderne de concevoir le football.